Elle avait pour seuls habits le diadème dont se pare l’hamadryade et ce masque de vieil insecte aux mouvantes arabesques
Et dans son œil adamantin l’imperceptible douceur d’une passion sans espoir, quelque chose qui tenait du vice, de la malice,
Quelque chose qui m’évoquait le lent vol des perséides, celui des rougeoyantes comètes en leur déclin sidéral
Vacillante comme une frêle estampe, sa tremblante majesté jetait en nous un tel trouble que, dans nos têtes impies, des étoiles tournoyèrent, fuyant décor fluorescents, de sables mourants, d’algues vagues et de limbes,
Sous le dais du grand cérémonial, notre ensorcelante captive observait alors son image avilie de démone, dans ce triste miroir hors du temps, hors de tout, pareil à un ciel de céruse se baignant dans sa mer immuable
Éperdument elle s’admirait, se lançait en lutinant des œillades mutines
Actrice, elle buvait nos regards avides, scrutait nos moindres mouvements
Diva lovée sur le divan, langoureuse et radieuse entre les bras de grands lys mordorés, elle mordait, arrachait, déchirait la soie de ses lèvres, nous dévoilait l’aube de ses flancs qui s’émaillaient de sang
Si nous n’avions saisi, avec quelque violence, chacun de ses membres, elle aurait bien prolongé ses poses lascives jusqu’au levant
Notre belle amazone n’était que courbes folles. Elle se dessinait en pointillés sous nos pinceaux.
L’obscur feu de l’âtre creusait ses formes hiératiques et leur donnait, sous le baldaquin, des teintes douloureuses de martyre en croix, ou de succube exhumé de la crypte
Nous explorions sa vénusté ravagée, et c’était une inexprimable beauté qui soudain jaillissait d’entre nos atours, comme une lumière surnaturelle
Ce corps d’ambre et d’abîmes se révélait, au hasard de ses convulsions telluriques,
Nos visages s’y noyaient, irrémissiblement, voluptueusement, dans leur éclat marmoréen, s’abandonnaient à des tourments sans cesse renouvelés
Et j’eus l’envie, cette envie bestiale, de tordre cette noble proie, muselée, brisée d’écailles et d’écume tandis que la sombre face d’un Léviathan, émanée de quelque monstrueuse fresque, resplendissait au plafond, pandémonium spéculaire avec ses myriades solitaires : dragons océanesques, androïdes érotiques, endriagues et tarasques, stryges et satyres en enfilades, oiseaux faunesques et cosmiques
Et toutes ces créatures de l’au-delà, constellées d’étincelles, grésillaient, s’étiraient en noires torsades sous l’orage mélancolique où se fanent les étoffes, à la splendeur du candélabre qui nous observe par l’embrasure … ainsi vibraient dans l’ivresse profonde, poussière de nos vœux enlacés, nos iris incandescents
Et au seuil de l’épouvante, une promesse, une seule,
Celle du soufre qui s’engouffre, dans sa foudre éternelle et joyeuse,
Onanisme entre ses mains vénéneuses dont la sueur livide et les délires mirobolants m’exaltaient plus que tout …
Scintillements des métaux, lueurs blondes et fauves, quand au bord de crépuscules sanguinolents on cherchait de la bougie les rayons, l’orient bleu des vitraux, tout auréolés de mauve, estompait les contours de nos corps diaphanes
La scène de notre théâtre intime paraissait tanguer, retentissait de cliquetis, de râles et de rires, au creux de l’alcôve où se projetaient, en de funèbres balancements, des silhouettes arc-boutées comme pour l’accomplissement d’un effroyable rituel … et s’enchevêtrant, et se lacérant, esquisses délicates, appoggiatures de nos stries sur peaux meurtries, des dentelles, des lambeaux tombés de nulle part, des cadences et des silences d’où émergeaient les luxuriantes, les très amères délices de l’aurore
Agonie …
Agonie des murmures se répliquant à l’infini
Est-ce la voix de toutes celles qui furent nos souveraines et vécurent en ces lieux mortuaires ?
Il y avait là des façades lézardées, couvertes de lierre en pustules, des coulées de viornes, des chèvrefeuilles aux griffes acérées, des hiéroglyphes de végétaux et des branches tigrées suspendues à des rideaux sauvages
Ce royaume délabré, ce pourrissoir des espérances et des grâces, ne le sentiez-vous pas vous transpercer, vous pénétrer par tous les orifices, vide et lasse de tout et sans la moindre volonté ?
C’est un bourbier où suinte l’ennui, crescendo pur de la décrépitude
À cette grisaille nul n’échappe, non ! On s’y enlise jusqu’aux ongles, on s’y oublie, on y perd l’âme et la vie-même à chaque instant, à crever devant des écrans blafards, des névés de verre. On s’y racle les dents à en perdre la mâchoire.
Et quelle consolation trouvera-t-elle lorsqu’elle se tournera vers l’horizon, derrière le beffroi de plomb qui égrène ses invariables notes, crache sa fumée d’argent,
derrière les tours crénelées, leurs colonnades turriculées,
derrière les ruelles de la cité cyclopéenne, leurs dorures et pylônes, leurs ogives, leurs hélices,
Machinerie hallucinogène, vaste architecture en apesanteur de mirages impressionnistes, de monuments d’antimatière, d’aéronefs aux gréements qu’une invisible tempête fait onduler lourdement.
La ville, qui grince par tous ses interstices, consumée, dévastée d’industries, dont les chenaux se baignent en des eaux stygiennes et dont le ciel se fissure à chaque pas …
À chaque pas un nouvel écueil, un réverbère,
un soleil déglingué qui nous heurte,
à chaque pas, l’outre-tombe des récits sans fond recueillis au tréfonds des fontaines.
Voyageurs nous étions dans cette fange de jardins nébuleux, de figures fissurées, figées dans la pierre à jamais.
Errant dans les gravures, croisant d’antiques barricades, nous partions, je crois, en quête d’un idéal.
Mais la ferraille de nos turbans lumineux, les harnachements de nos montures d’airain attiraient tout un aréopage de pauvres diables tant nous tintinnabulions, et les entrechats que nous ébauchions, beuglant aux abords du cabaret borgne où vous faisiez des vocalises pour les hussards du néant, ces cœurs démantibulés, ces faciès irradiés, ces caboches cabossées, sans menton ni nez ni oreilles, les yeux grouillant des horreurs vues quand, sous la mitraille, aveugle on avance, la fièvre au front, et nos ébats rythmaient leur pantomime de pantins.
Des êtres arides vous haranguaient, le temps d’une valse avec le vent, puis sombraient dans l’oubli ou presque … C’était le bal des fêlés, le défilé des mutilés. Ils n’avaient guère pour se distraire que leur souffrance et leur obscène folie de mendiants que nous défiâmes, armés d’arquebuses, miséricordes, hallebardes, piques, vouges et guisarmes
Mais il nous fallut pour en venir à bout rassembler tout un arsenal fantasque, onirique : tentacules et phallus versicolores, lumignons falots des foires, mousquets faramineux, sabres de fanfare, glaives empanachés d’écarlate, cuirasses incrustées de crustacés ruisselants, auxquels s’ajoutaient l’inénarrable psaltérion, le glorieux bandonéon, des chalumeaux, des luths éoliens, des thyrses et des hochets géants comme des anges de luciférine.
Tandis que derrière nous se déployaient les bannières, vaillamment nous brandîmes de nos extravagances l’attirail héraldique, qui n’était fait que de brimborions minuscules dénichés sur les éventaires des bazars … mais fumeronne autant que l’athanor des titans.
IV
ce royaume délabré ce pourrissoir des espérances et des grâces vous le sentiez vous transpercer lasse de tout et sans la moindre volonté de laisser la haine croître et croire en l’inassouvi par dérision prêcher l’inachevé bourbier où suinte l’ennui pur crescendo de la décrépitude s’enlisant gris jusqu’aux ongles quelle consolation trouvera-t-elle lorsque se tournant vers l’horizon derrière le beffroi de plomb qui crache ses invariables notes sa fumée d’argent derrière les tours crénelées leurs colonnades turriculées de verre les cariatides et les atlantes qui se croisent allant par les ruelles leurs dorures et pylônes leurs hélices et ogives leur machinerie hallucinogène vaste architecture en apesanteur qu’elle verra se disloquer par l’émission de fluides et d’éons nageant pour mieux capter les signaux de la cité tissée d’arts de mirages d’aéronefs pétrifiés aux gréements qu’une invisible tempête faisait lourdement onduler la ville qui grince par tous ses interstices dévastée consumée d’industries dont les chenaux se baignaient en des eaux stygiennes et dont le ciel se fissure à chaque pas un nouvel écueil un réverbère aux guipures de soleil déglingué qui nous heurte et l’outre-tombe des récits sans fond les rapaces endeuillés des fontaines où les astres quelquefois vont s’échouer c’est le rendez-vous des perspectives hasardeuses il faut sillonner les avenues les souterrains de l’existence faite de failles racler la terre calcinée des souvenirs entrevoir la géhenne saboulée par les verges de passion et d’angoisse qui depuis la naissance œuvrent à notre perte mais la ferraille de nos turbans lumineux les harnachements de nos montures d’airain attiraient tout un aréopage de pauvres diables tant nous tintinnabulions et les entrechats que nous ébauchions beuglant aux abords du cabaret borgne où vous faisiez des vocalises pour les hussards du néant cœurs démantibulés le faciès irradié les caboches cabossées sans menton ni nez ni oreilles les yeux grouillant des horreurs vues quand sous la mitraille aveugle on avance la fièvre au front nos êtres fêlés vous haranguaient le temps d’une valse avec le vent puis sombraient dans l’oubli ou presque vertige au ralenti plongée entre les phrases entre les lettres mal famées c’était le bal des mutilés ils n’avaient guère pour se distraire que leur souffrance et leur langue surie de mendiants atrophiés que nous défiâmes armés de miséricordes hallebardes piques vouges et guisarmes il nous fallut pour en venir à bout rassembler tout l’arsenal fantasque éventails tentaculaires hérissés de fines mèches kaléidoscopes à canon crénelé lumignons falots des foires sabres de fanfare glaives empanachés d’écarlate cuirasses incrustées de sept lustres boucles de mosaïques aux damas noirs mordoré des torches millénaires auxquels s’ajoutaient l’inénarrable psaltérion le glorieux bandonéon des chalumeaux brodés des luths éoliens des bulbes de thyrses guerriers et des hochets géants comme des anges de luciférine lorsqu’ils profèrent leurs divins hypallages tandis que derrière nous se déploient blasons bannières et pentacles vaillamment nous brandîmes de nos extravagances l’attirail héraldique qui n’était fait que de brimborions minuscules dénichés sur les éventaires des bazars mais fumeronne autant que l’athanor des titans ...
III
dans la suite inexorable de nos errances au hasard des convulsions telluriques se produisirent des phénomènes que rien auparavant n’aurait laissé présager nos visages se noyaient en dérives charnelles qui d’un éclat marmoréen s’imprimaient graves et puissantes tandis que la face d’un Léviathan émanée de quelque monstrueuse fresque resplendissait sombrement au plafond pandémonium spéculaire avec ses myriades solitaires houleux dragons de l’océan stryges androïdes endriagues et tarasques virtuelles érotiques satyres s’enfilant vermeils oiseaux faunesques et cosmiques réminiscences d’autres mondes variations complexes de lémures et de lymphes et toutes ces créatures de l’au-delà constellées d’étincelles grésillaient s’étiraient en noires torsades sous l’orage mélancolique où se fanent les étoffes à la splendeur du candélabre sacré qui nous observe par l’embrasure ainsi vibraient poussière de nos vœux enlacés nos iris incandescents de glace dans l’ivresse et les voiles de noirceur rendaient l’alcool plus violet plus fécond par ses spirales cuivrées où dort l’indolente chimère son nom déjà sur nos lèvres où se rue l’hétaïre en rafales en ravages en zéphyrs immenses et au seuil de l’épouvante une promesse une seule celle du soufre qui s’engouffre psyché des morts au sommeil frauduleux dans sa foudre éternelle onanisme entre ses mains vénéneuses dont la sueur livide et les délires mirobolants m’exaltaient scintillements des métaux lueurs blondes et fauves quand au bord de crépuscules sanguinolents on cherchait de la bougie les rayons et l’orient bleu des vitraux tout auréolés de mauve estompait les contours de nos corps diaphanes la scène de notre théâtre intime paraissait tanguer retentissait de cliquetis de râles et de rires au creux de l’alcôve où se projetaient en de funèbres balancements des silhouettes arc-boutées comme pour l’accomplissement d’un effroyable rituel et s’enchevêtrant et se lacérant esquisses délicates appoggiatures de nos stries sur peaux meurtries des dentelles des lambeaux tombés de nulle part des cadences et des silences acérés d’où émergeaient les luxuriantes les très amères délices agonie des murmures se répliquant à l’infini est-ce la voix de toutes celles qui furent nos souveraines et vécurent en ces lieux mortuaires il y avait là des façades couvertes de lierre en pustules des coulées de viornes des chèvrefeuilles lézardés griffant des buses des hiéroglyphes d’ophidiens végétaux et des branches tigrées suspendues à des rideaux sauvages …
II
elle avait pour seuls habits le diadème dont se pare l’hamadryade et ce masque de vieil insecte aux mouvantes arabesques dans nos têtes impies des étoiles encore liquides tournoyèrent fuyant décor de limbes de sables mourants d’algues vagues sanglantes moires sanglots d’ivoire et des giclées de fiel à en éclabousser les cieux le ciel en nuées se mirant sur le bois morne d’un incendie ancien et dans son œil adamantin toute la vie éventrée n’eût pas jeté plus grand trouble sur sa tremblante majesté notre chambre il m’en souvient donnait sur des ruines et les ruines sur des mirages de vertu des incertitudes des ressemblances diffuses qu’un lustre aux allures d’héliotrope venait éclairer au beau milieu de quelque paysage précieux bruissement des statues vagabondant sur un trait de lune entre bronze et carmin ce sont là les ornements de la nuit où foisonnent ces couleurs minérales vestiges de la grâce une explosion de maléfices un cinéma des mystères dans l’enfer de nos sarabandes l’harmonium résonnait avec quelque bizarrerie dont se jouaient les déités baroques sous le dais du grand cérémonial notre ensorcelante captive observait alors son image avilie de démone dans le miroir et elle aurait bien prolongé ses poses lascives jusqu’aux premiers enchantements du levant mais l’amazone n’eût été que courbes folles sans cet obscur feu de l’âtre qui par jets creusait ses formes hiératiques et leur donnait sous le baldaquin des teintes douloureuses de martyre en croix ou de succube exhumé de la crypte et j’eus l’envie cette envie bestiale de tordre cette noble proie muselée brisée d’écailles et d’écume pareille à la mer ineffable d’un haut ciel de céruse nous explorions sa vénusté ravagée et c’était une inexprimable beauté qui soudain jaillissait d’entre nos atours historiés d’azur ce corps d’ambre nimbé d’abîmes marquait à n’en pas douter l’achèvement de notre exil romanesque prélude à l’insensé naufrage qui nous guettait du haut de l’horloge et cependant nous devions nous résoudre à franchir l’incertain dont nous n’étions plus séparés que d’un pouce ...
I
Vous le voulûtes et nous le fîmes et nous dûmes autant par goût du danger que par un étrange inavouable sentiment paradoxe de la conscience envahie de remords entendre sur ce gramophone rongé de rouille un million de fois la chanson de l’iguane dont les flots électriques inondaient nos tympans les rouleurs de pierre y succédèrent puis ce fut des gitans la lugubre complainte sous de hauts porches le requiem des marins anima les spectres du blues en si mineur comme les volutes bleues d’un vieux jazz embrumé de cuivres doucement bercés par des voix d’éther nous n’eûmes alors qu’à nous pencher pour la cueillir la belle Vénus Babylone volta un instant dans l’espace brama se cabra s’ébroua comme une reine élucubra sembla esquisser des mots indiens psalmodia d’irrémissibles prières et fendit l’air de ses larmes cristallines enfin elle s’agenouilla nous la prîmes par la main bien qu’elle se débâtît et voulût nous parler de ses rêves surannés des années révolues hantée encore de ces contemplations d’antan elle enfant qui ne savait pourtant rien de ce doux langage que l’on nomme l’amour se coucha sur le sol nu s’empara des fragments du jour le jour filant les secondes ces terribles secondes obsessives stridulantes puis elle céda cambra sa blanche croupe ainsi qu’une offrande aux esprits de la lande endormie afin que nous pussions y sceller nos pulsions nous pourchassâmes la jolie jouvencelle durant des heures à travers les méandres de ses regards frémissants mêlés de cendre et de fureur parmi les spasmes rougeoyants du soir elle se laissa malmener sans un son elle put sentir dans nos gestes cadencés ce parfum vert et ocre du passé ces effluves lourds et sombres de velours irisé grisant chacun de nos élans nous fûmes alors comme hypnotisés par la voluptueuse des hululements se firent entendre au sein des captieuses des capiteuses ténèbres puis ce fut les chevauchées dans la veillée nocturne sous la vieille lampe des frôlements d’ombres des mugissements de fin du monde de hurlantes possessions des gémissements comme des chœurs d’apocalypse doigts flottants pour étreindre l’irréel la nymphe suppliciée tandis que nous en effleurions l’odorante chevelure eut des remous sinistres de caressants soupirs lentement nous pénétrâmes son âme chavirée la dévorâmes succombant aux petites morts éclairs de rousseur taches de pourpre reflets de cire sur la pâleur de ses membres noués goutte-à-goutte de nacre et d’opale courant le long de l’échine qui vogue fabuleusement immobile ...
Je suis le gyrovague
Dans la nuit des mots noirs
Magie de l’être pur mirage
Au sein de la tourmente solitaire
D’une île entre mille mondes
Errant fou dans les bois
Je suis ce triste démon
Aux yeux mauves en émoi
Qu’un jour je vis nu sous la lune
Gardien d’un phare ancien
Bercé par les pluies je suis là
Il me semble depuis si longtemps
Que le sang des lambrusques
Au creux de la lande
A rouillé mon visage
Le ciel gris de cire s’est incrusté
Dans mes veines où ne coule pas la vie
Je suis l’ange hideux et sans âge
Qui toujours se lamente derrière
Les murs de pierre sauvage
Mon front fêlé me fait mal
Quelquefois pour rompre l’ennui
Je réponds aux étoiles
Elles sont laiteuses sous leurs étoles
Capricieuses frêles et sensuelles
Ma main prestement les frôle
Alors elles prennent la fuite
Je les poursuis mais rien ne m’arrachera
Je le sais à cette souffrance que j’ai voulue
Ignorant tout de l’art qui me créa
Ne sachant rien de ce fantoche
Qui m’écrivit par amour l’insensé
Et me laissa tomber sur la toile
Fuligineuse de ses pensées
Où lentement je me vois mourir
* *
*
Sur le mur pleure une averse
D'un rose obscur c'est le soir
Ou l’aube peut-être
La meurtrissure devant la glace
S'est agrandie elle a verdi
Elle a vieilli jusqu’au vertige
Suaire que l’on voit se tendre
En un bruissement fuligineux
La morne et lente épouvante
Emplit l'air autour de soi
Et on grimace on sue
Dans le silence des fluides
On s'éternise à souffrir
Des relents d’agonie
Rendent nos reflets plus fuyants
Suintant on s’exténue s’anéantit
En un éclair un flot noir
Et on reste devant sa nuit invisible
À attendre comme un vain mot
Cette dernière mort qui ne vient pas
* *
*