Nuit FrAcTaLE – deuxième fragment
Les fantômes ont surgi
Car la nuit infidèle réclame sa suite,
Cortège d’esprits en perdition
Sans doute trop pâles pour nos yeux malingres,
Trop proches, trop aériens, ils semblent fuir
Peut-être le miroir gardera-t-il quelque trace
De ces âmes fatiguées traînant leur carcasse
La nuit se consume comme les regrets
Quoi de plus étrange que sa blancheur
De souterrain, de zéphyr nain, d’avalanche,
On aimerait la voir mourir de sa belle mort
Eventrée, on voudrait l’entendre s’étouffer,
Mais la nuit demeure, confondue au matin glacé,
Scellée pour toujours dans l’enfer de nos corps
Ses débords noircis d’angoisse s’envolent
Ses traits d’or fondu s’étirent puissamment
C’est une nuit parfaite d'organique pesanteur,
Eclairant le soleil persan, comme une lampe
D’ocres fluctuants, de dentelles chamarrées,
Avec sa ribambelle de végétaux poudrés
Mélancolique et démoniaque, la nuit s’attend,
La nuit s’ennuie, la nuit s’étend et dure cent ans
Cent ans de grâce de solitude crasse
Et depuis cent ans sous les arcs triomphants
Je l’écoute sans mot dire, je l’écoute se maudire
Se fondre dans les couleurs vagues de la mer
Son opulente toison irisée par l’éclair
Fait écho au vieil océan légendaire
Aux grandes heures nocturnes mon lit vide
Eclaboussé de lune, écumant d’astres
Vient s’échouer contre les lames du parquet
Ma plume alors se dérobe, en mal d’aurore, monotone,
Je m’aperçois, créature minuscule oubliée des hommes
Au coin d’une mansarde baignée d’ombres mouvantes
Je fixe la lucarne qui scintille, comme agitée de remous,
Et, dans ce splendide isolement attentif j’observe
L’envol de lyres qui ressemblent à des pylônes
Devant moi au ralenti les trains passent
. . .