Quatuor pour quatre corps - I & II
I
Quatre corps aux mains belles de l’enfantement
Le bronze ensorcelle quatre lames sur mes nerfs
Alors que le désespoir domine et toujours se montre,
D’un pas lourd d’angoisse, zigzague notre montre
Cliquetis de flammes, briquet d’or crachant la mort
Sous nos nervures violettes, sous nos verdoyantes chairs,
Quatre mains de braise, brillantes comme l’acier,
Caressent nos flancs, brisent nos pensées ;
Mains bleues de colombe sur un clavier
Antique, mains de corbeau, magnétiques
Car aimant, jusqu’au cœur du système
Cette rêveuse cité d’anges électriques
Quatre mains secrètes envahissent le paysage,
Et embellissent la ruine au soleil vert de l’enfer
Tandis que Soutine, en magicien des couleurs,
Vient vous parer de ses gemmes, quatre mains
Pleines de terre âcre déforment le vieux parquet
Comme autant de masques qui mordraient l’archée
Mais quel charbon coule de vos yeux, Morphée
Quel larmoyant mystère ? Vos yeux qui coulent
D’opale, qui endorment la beauté et déroulent
Follement la houle étrange, vos yeux mordorés,
Vos yeux qui me mangent, sont des mains larges
De quatre pieds cherchant le chemin des nuages
II
Quatre lueurs se poursuivent dans le temps,
Polychromes, quatre violons font la ronde
Et leurs doigts minuscules nous murmurent
Des airs que la fantaisie a rendu immuables
La ville délirante dans sa débauche d’énergie
Créa le mouvement de parfaite illusion ;
Blême envoûtement, lorsque bascula
L’insecte humain et que la ville se mit à dériver
La folie vint des hauts-fonds, nous submergeant,
Nous aliénant ;
Ignorance ou déshérence des esprits
En proie aux mirages politiques
Nos chemins surpeuplés de chimères
Ne furent plus que violence multipliée
Par l’instant incertain, par l’instinct,
Et la poésie fluctuante toucha l’être,
Trouvant la grâce dans le chaos irréductible
Et l’impossible devint notre double
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