Eaux subliminales

Publié le par MyKe HeLL

 

 

En vous je vois le jour

Si vieux déjà quand me parvient

Son morne éclat
Cependant que le chœur grave
Écho de ma complainte
N’a pas encore éclos sur la plaine silencieuse
Le soleil gorgé du sang de l’automne
Fait à l’azur une plaie merveilleuse
Que ceignent des nuages de gaze

En moi le ciel rose et mauve

Attise de tristes souvenirs
Bruissement de la brume
Entre les sanglots du vent
Gémissements dans les halliers

Las je vais où la sente me mène

Parmi les joncs noirs me penche
Et l’eau de l’étang glauque

Attire mon regard

Des saules et des aulnes songeurs

Pendent les branches fraîches

Comme les ombres au crépuscule

Et quelque chose vacille

Dans ce bleu étoilé

De feuilles jaunes et vermeilles

Étang où l’été mort s’éternise

Lueurs stagnantes des lampyres

Blanches lunules entre les nymphéas

Des nuées brillent lugubrement

Des follets dansent et courent

Sur un sommeil de rouille

Qui me berce et je m’endors

Quand s’éveille mon âme

Un tremblant reflet m’observe

Il me semble si profond

Que je pourrais m’y noyer

C’est une figure pâle et sans vie

Que je sens me pénétrer

Telle une blessure glacée

M’aspirant la sève l’esprit

Et chacun de mes soupirs

En moi son feu clair me révèle

Cet odieux sentiment d’être seul

Depuis la nuit des temps

Ce tourment dans les mots

Qui me sauver ne peuvent

De l’ennui qui lentement tourne

Dans ma tête et n’a de sens

Bruissement de la plume

Sans trêve entre les chèvrefeuilles

Qui s’allument d’un roux d’or

Sur le rivage à la lisière des lèvres

La bouche pleine d’écume

Récite des contes et des stances

Pour les marins de jadis

Carmin l’encre sort de mes veines

Et sur le vélin se couche

Où vénéneuse règne l’anacoluthe

Mêlée aux rayons de l’aurore

Sur ma peau je vois l’image flottante

Du jour se noyer dans les moires

De l’étang sa couleur d’antan

Me dit l’intense mélancolie

De ces lieux que j’ai tant aimés

Pluie du levant étincelante

Apparaît l’ange sur la roche

Et tinte une cloche lointaine

Encore incertain son corps d’hélianthe

Émerge dans l’embrasement du ciel

Il me plonge dans une rêverie

Pareille à une estampe où la vie

S’écoule avec des bruits d’orage

Et l’ange est un spectre immense

Que je vois dans vos yeux d’orient

L’aube de sa robe

Au gré des idées solitaires

Vole au-dessus du marais vert

Qui délicat diffuse ses mirages

L’ombre d’une pagode

Dévorant celle d’une jonque

Au bois chamarré dont

M’enflamment les ornements

De cuivre et rugit à son bord

La céleste silhouette d’un dragon

Mordant la lune effrangée

La chair nacrée tumultueuse éblouissante

S’effiloche en gouttes écarlates

Sur le violet du ciel

Maculée la voile de soie si légère

Qu’elle se perd dans mes pensées

Frissonne et s’élève et je me demande

Si elle va se joindre à la ronde joyeuse

Des astres et nébuleuses

Combien de prodiges combien de sortilèges

Dans mes ardents délires mes visions

Du grand large qui n’ont pour horizon

Que ce chaos de formes dont je suis le centre

Vertige d’algues et d’épaves en ce vaisseau

Des errants où je sue l’ivresse

Or des mille chimères se mirant

Dans l’onde en cet instant

Rien sur la berge si ce n’est

Le parfum lourd du lotus

Ou celui langoureux de l’améthyste

Des mandragores et des gemmes

Et derrière le rideau nuitamment

Je la contemple dans la flaque

Ma conscience égarée

Lors d’un naufrage ancien

Je m’arrime à ma lampe

A l’étrange écriture qui me vient

Par bribes aux regrets

Jusqu’à la nausée jouissant

De sa naissance blême

Dans le souffle du soir

Ne voir qu’une face

De cire et de cendre

Un fantôme effacé une absence

Dans laquelle secrètement s’est glissée

La voix de l’ange sur la jonque

Au milieu des symphorines

Des tangaras des sophoras

Qui me hélant m’entraîne

Au bout de sa trouble folie

En moi la voix se réverbère

Elle est le phare des illusions

Tout comme l’était votre visage

Aux derniers jours de votre vie

Elle est en moi vertigineuse

Je la sens qui doucement m’aspire

En moi sombre sa lumière

 

 

 

 

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E
ouah...Très inspiré! ta rentrée artistique promet
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