Eaux subliminales
En vous je vois le jour
Si vieux déjà quand me parvient
En moi le ciel rose et mauve
Las je vais où la sente me mène
Attire mon regard
Des saules et des aulnes songeurs
Pendent les branches fraîches
Comme les ombres au crépuscule
Et quelque chose vacille
Dans ce bleu étoilé
De feuilles jaunes et vermeilles
Étang où l’été mort s’éternise
Lueurs stagnantes des lampyres
Blanches lunules entre les nymphéas
Des nuées brillent lugubrement
Des follets dansent et courent
Sur un sommeil de rouille
Qui me berce et je m’endors
Quand s’éveille mon âme
Un tremblant reflet m’observe
Il me semble si profond
Que je pourrais m’y noyer
C’est une figure pâle et sans vie
Que je sens me pénétrer
Telle une blessure glacée
M’aspirant la sève l’esprit
Et chacun de mes soupirs
En moi son feu clair me révèle
Cet odieux sentiment d’être seul
Depuis la nuit des temps
Ce tourment dans les mots
Qui me sauver ne peuvent
De l’ennui qui lentement tourne
Dans ma tête et n’a de sens
Bruissement de la plume
Sans trêve entre les chèvrefeuilles
Qui s’allument d’un roux d’or
Sur le rivage à la lisière des lèvres
La bouche pleine d’écume
Récite des contes et des stances
Pour les marins de jadis
Carmin l’encre sort de mes veines
Et sur le vélin se couche
Où vénéneuse règne l’anacoluthe
Mêlée aux rayons de l’aurore
Sur ma peau je vois l’image flottante
Du jour se noyer dans les moires
De l’étang sa couleur d’antan
Me dit l’intense mélancolie
De ces lieux que j’ai tant aimés
Pluie du levant étincelante
Apparaît l’ange sur la roche
Et tinte une cloche lointaine
Encore incertain son corps d’hélianthe
Émerge dans l’embrasement du ciel
Il me plonge dans une rêverie
Pareille à une estampe où la vie
S’écoule avec des bruits d’orage
Et l’ange est un spectre immense
Que je vois dans vos yeux d’orient
L’aube de sa robe
Au gré des idées solitaires
Vole au-dessus du marais vert
Qui délicat diffuse ses mirages
L’ombre d’une pagode
Dévorant celle d’une jonque
Au bois chamarré dont
M’enflamment les ornements
De cuivre et rugit à son bord
La céleste silhouette d’un dragon
Mordant la lune effrangée
La chair nacrée tumultueuse éblouissante
S’effiloche en gouttes écarlates
Sur le violet du ciel
Maculée la voile de soie si légère
Qu’elle se perd dans mes pensées
Frissonne et s’élève et je me demande
Si elle va se joindre à la ronde joyeuse
Des astres et nébuleuses
Combien de prodiges combien de sortilèges
Dans mes ardents délires mes visions
Du grand large qui n’ont pour horizon
Que ce chaos de formes dont je suis le centre
Vertige d’algues et d’épaves en ce vaisseau
Des errants où je sue l’ivresse
Or des mille chimères se mirant
Dans l’onde en cet instant
Rien sur la berge si ce n’est
Le parfum lourd du lotus
Ou celui langoureux de l’améthyste
Des mandragores et des gemmes
Et derrière le rideau nuitamment
Je la contemple dans la flaque
Ma conscience égarée
Lors d’un naufrage ancien
Je m’arrime à ma lampe
A l’étrange écriture qui me vient
Par bribes aux regrets
Jusqu’à la nausée jouissant
De sa naissance blême
Dans le souffle du soir
Ne voir qu’une face
De cire et de cendre
Un fantôme effacé une absence
Dans laquelle secrètement s’est glissée
La voix de l’ange sur la jonque
Au milieu des symphorines
Des tangaras des sophoras
Qui me hélant m’entraîne
Au bout de sa trouble folie
En moi la voix se réverbère
Elle est le phare des illusions
Tout comme l’était votre visage
Aux derniers jours de votre vie
Elle est en moi vertigineuse
Je la sens qui doucement m’aspire
En moi sombre sa lumière