Des routes ...
Des souvenirs monstrueux pleuvent
Pleuvent des larmes de désir
Sur vif-argent une larme expire
Larme de plomb sur mer en fusion
L’arme tendue au soleil d’Hypérion
Arrimée comme un voile nocturne
Aux vestiges de la grâce abolie
La larme est donnée, à la folie,
Et quelle folie ! Echo grandiloquent
Bruit de mille siècles ardents,
Tissés d’ombres tragiques,
Furtives, de tyrannies fantasques,
Qu’un ancien compara, fanatique
A la danse des Tarasques
Animés de frénésies spectrales
Résonnent en moi sous l’œil fatal
Des siècles de larmes, de larmes séculaires,
Froissées, confondues aux secondes
Aux heures flamboyantes meurtrières
Au passé décomposé de l’infra-monde
Enchaîné aux rumeurs d’infini et pantelant
J’accueillais l’aube décadente, le jour naissant,
Je m’enivrais de cette rhapsodie nonpareille
Contrepoints d’orgues barbares et vermeils
La montée des cieux sans horizon
Aux confins d’une ultime saison
Les matins odorants de plantes aurifères
Ces heures vespérales sous l’orbe lunaire
A regarder vers l’or riant du couchant
Je les buvais comme une eau de vie
Alors revint la vieille fantasmagorie
Le feu trouble convulsé d’euphories
Le noir incendie, la descente des enfers
Pluie de cendres, de poussière, de terre
Arquant ciel d’âpre volupté …
Je fuis les méandres lumineux
Eprouvai l’instant vertigineux
Obsession animale, divine perversion
Poussé par l’Invisible, le fol éclair
J’avais le regard grave et clair
Et cette pensée si emmêlée qui hurlait en moi
Qui tournait tournait ne me quittait pas
Comme un chaos d’oscillations surnaturelles,
Ironique, onirique, passionnelle, vampirique,
Une vieille pensée outrageusement cosmique
C’était je crois une voix faible,
Cette pensée
De plus en plus faible,
De plus en plus proche
…
Cette pensée
…
Elle ondulait dans un grand figement d’ombres
Avant elle il y avait l’angoisse, flottement sombre
Avant elle, sous les ailes de Saturne,
Astarté veillant la lune taciturne
Jouant de sa harpe sur un mode dorien
Dans sa nuit ancienne, effroyable symbole
Miroitement sanglant d’une cinglante idole,
Et après elle ? Après elle il n’y a plus rien
Le regard malade et suintant d’illusions
Je repris ma route …