PsychoVision (invocations)

Publié le par MyKe HeLL

A cette bouche de métal sacré que défigure notre masque intérieur, qui nous laisse, sans la moindre illusion, creuser notre sillon ;

 

A cette tête de bronze déployée en bizarreries ovoïdes qui ne ressent plus rien que l’élément divin dont elle a pris l’art et la matière corrompue afin d’en réfléchir l’odeur blanche amère ;

 

A la face éclairée de Janus qui tremble au revers de ma main et se lit, au lendemain de notre rêve posthume, comme le script d’un film muet; à la lumière des abysses, cette méduse qui projette une drôle d’ombre en mon âme nauséeuse ;

 

Au ciel fauve des nuages écorchés dont on peut, lorsque l’heure du grand massacre approche, suivre les ébats nocturnes sur la ligne d’ambre des monts de Vénus, sur la tapisserie maculée ou derrière la vitre étoilée de crasse d’une chambre d’hôtel ; à l’hôtel d’une nuit sans fond sans âge et sans étoile, perdu au sous-sol d’une constellation morte, infiniment morte ;

 

Au noir extrême de la lune magnétique qui sur l’or sombre des églises dépose sa foi immortelle. Quant à lui, le jeune Atlante, ce héraut défait qu’est devenu l’être obscur aimant, saura-t-il retrouver en elle le rayonnement sauvage, celui qui de son fruit intime fit un diadème d’humanité ?

 

Aux deux chevaux verts dispensateurs de l’heur ultime qui sans relâche parcourent l’asphalte brûlé sur lequel maintes fois j’ai rampé ;

 

Au désir ardent que soit élevé au son de la macabre symphonie le temple Athéiste, ses armées de prêtres aux robes cramoisies officiant en son sein, allumant torches, cierges et vitraux dans l’air sourd grésillant du passé pour qu’enfin, l’utopie nouvelle ravage le monde ;

 

A la fureur des villes pieuses, car oui j’aime quand l’ étoile de fer crisse sur la neige, quand avec vigueur elle rend son dernier souffle, quand elle court agonisante sur le fil dénudé des lampes et saigne à flots laiteux le long du trottoir éventré, bleuissant ses reflets, s’écoulant comme de la lave entre les pavés mal scellés de la vénérable chaussée ;

 

Et si la mégapole figée au bord du crépuscule, débordant de ses effluves mondaines, venait à disparaître, et si elle devait entraîner dans l’abîme le seul objet qui pût encore refléter la beauté des êtres, que ses ruines peuplent mon beau rêve totalitaire ;

 

Au vieux rideau tout taché d’éclairs et de luxure qui a vu la scène du crime ; au vieux manoir dans la pinède, où se rejoue pour la cent millième fois entre amants fantômes la même tragi-comédie flétrie, usée jusqu’à la corde ; à son balcon doré qui donne sur les eaux fangeuses du soir où je me suis souvent rêvé nu, voguant sur l’herbe profonde, détaché de tout être, de toute chose, fuyant toujours;

 

Au sacrifice de la bête triomphale dans le pervers décor des corps troubles en suspension, ces chrysalides humaines qui sont comme des taches blanches dans l’œil noir du Seigneur ;

 

Aux élytres magnifiques des phalènes car elles surent enflammer la roue de Saturne et enchantent encore par leurs belles échappées ;

 

Au bruit rose du soleil déchiré, sur ma table de chevet, aux ailes rousses de cet ange blessé accroché à mon lustre qui vacille dans le vague et délicatement me dispense ses vaporeuses lueurs ;

 

Aux heures sombres, quand la nuit se fait grandiloquente, passionnée et charnelle au-delà de toute mesure, quand elle se fait aqueuse et turpide, glauque et morbide ;

 

A l’ivrogne cathodique condamné à la haine immuable qui, tendant son verre de Psyché à la postérité, eut la vision de sa mort imminente et parvint enfin, entre les sanglantes murailles d’une chapelle gothique, à la jouissance éternelle ;

 

A elle enfin, ma sylphide, ma vestale, ma rêveuse maîtresse, idole marmoréenne qui longtemps effleura mon échine de ses doigts diaphanes ; elle, archi-gouge de l’enfer dont les térébrantes caresses me rendirent fou ; à elle, ses cheveux flavescents, ses flamboyantes lèvres et son sein sépulcral ; à elle j’adresse cette prière profane.
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