Le corps abyssal
Décembre noir de cendres il ne me reste rien
Que l’impression vague d’un naufrage dantesque
Car sous le vent de terre l’alcyon romanesque
Et funèbre secrètement m’a arraché aux miens
Sur l’île monstrueuse où je me suis égaré
Qui n’est, après tout, qu’une arche bigarrée
Sur cette île que je sens au bout de mes veines
Je porte vers l’horizon mes regards obscènes
De mon maquillage coule un feu d’artifices
Que personne ne peut voir, la ville est déserte
Semant la confusion je marche vers le précipice
Redoutant le redoux, je vais droit à ma perte
Dissimulé dans les crevasses de ma conscience,
L’oiseau mort m’indique le chemin. Insondable
Rapace, ton sang bave sur mes lèvres, tes serres
Dessinent au fer rouge une averse immuable
Et le froid de la rue qui s’accroche aux réverbères,
Saignant ! m’est plus plaisant que ton rire de pierre
Mélancolique, avec en plus cette peur intime,
Cette peur de moi ou de l’Autre, en suis-je la victime
Un prédicateur de l’Ancien Monde me l’avait dit,
Je suis entré, et j’ai vu, et j’ai senti,
Et son souffle m’envahit …