1551 : la genèse de la vertu

Publié le par MyKe HeLL

La genèse de la vertu
in Traité du Vice (2172)

Je marche. Je marche sur l’Océan antéchristique, vers un horizon multidimensionnel ; vivant parmi les morts, ombre parmi les vivants ; mon esprit éclate et chaque fragment va s’imprimer lourdement sur la voûte étoilée. J’ai trop longtemps côtoyé ces splendides bayadères; il me tarde de leur rendre la monnaie de leur pièce ; je ne vais pas m’étendre sur les infortunes scandaleuses de ces chères amazones ; trêve de balivernes ! Les bravaches peuvent bien se déhancher sur des rythmes douloureux, elles n’en demeurent pas moins les envoyées de la vertu controuvée ; je suis esclave de leurs décors monstrueux ; j’erre sans fin dans les dédales méphitiques.

En vérité, quoi qu’il fasse, le parangon des hautes sphères devra toujours en référer à ses plus humbles présidents ; d’ailleurs je constate avec bonheur que le conseiller des manœuvres atmosphériques engendre toujours une certaine mélancolie, surtout lorsque son Double se présente avec sympathie devant l’auguste collège ! Pourtant j’enrage aujourd’hui de voir ce troupeau d’irradiés psalmodier des versets sans fond sous l’arche de cristal.

Les pieuvres lunatiques virent de bord ; elles me poursuivent toujours ; mon astrolabe perd de l’altitude ; en partance pour de vagues océans d’amertume, la Nouvelle Vénus enchante mes pauvres yeux fatigués et le pendu qui s’étend à mes côtés a beau scruter les abysses, son miroir enchanté lui renvoie l’image des antiques vestales et des ravissantes ténébreuses. Alors à quoi bon parader dans les villages irréels, à quoi bon allumer les lanternes verdâtres dans les étroites ruelles d’une région où tous les ouvriers galopent en liberté, aveuglés de haine et souffrant confusément de maladies magnétiques ; certes, les joyeux compagnons ont su évoluer ; autrefois on les voyait bien tous les dimanches, ensommeillés comme des baudruches languides, pianoter joyeusement sur des claviers de cirque ; ils ont beau jeu maintenant de se pavaner sous les lampions, beuglant et mugissant à la vue des arcs électriques ;

Épanchement de molécules difformes ; rutilance des extrêmes ; je me dresse au pinacle des hontes bues ; avanie suprême émergeant des monts particuliers de l’Espérance déchue ; poison versé dans la coupe des mondanités immondes ; solitude extatique dévastée par l’Océan des individus qui envahissent brusquement mes mondes funestes ; élégants mouvements d’une foule manipulée par les esprits sombres ; mystère des mots susurrés aux yeux de l’Humanité par quelque figure céleste grandie dans le Néant virtuel ; ce sont des êtres qui se meuvent avec grâce à des hauteurs infinies ; comme des paroles entrelacées retentissant devant mes lèvres closes, ils font écho à la comédie de l’Histoire ;

Ils ne font après tout qu’adresser des prières inutiles, des plaintes subtiles qui s’élèvent lentement vers l’éther glacé sans jamais atteindre les confins de l’espace sensuel ; je les rejoindrai lorsque ma montre indiquera l’heure des sortilèges ; mais ce temps n’est pas venu : en effet, mes aiguilles se tordent miraculeusement en formant des symboles cruels ;

Hélas ma stupeur sera de courte durée, si j’en crois les présages de la sorcière à tête de paon qui ricane devant moi tandis que ses mains s’éloignent prudemment de son corps pour retrouver un semblant d’humanité dans les cimetières en ruine; ses grimaces obsessives ajoutent quelques gouttes de sang dans le flot continuel de mes larmes visqueuses ;

La rouge hirondelle saura-t-elle retrouver son chemin vers la forteresse infernale qui tient lieu de refuge aux infâmes meurtriers ? Mes pensées troubles envahissent la plaine tel un brouillard qu’aucune lame ne pourrait trancher sans saigner de mille sanglots brûlants ; mais le siège de la citadelle incertaine ne pourra se prolonger éternellement ;

C’est ainsi que le sage assène son œuvre immédiate devant un parterre de vieillards cacochymes ; leurs acclamations maladives s’immiscent violemment dans mes rêves d’Absolu; j’aimerais leur crier ma douleur, mon impuissance, à ces faciès parcourus de crevasses lunaires, ces âmes profondes oubliées dans des couloirs fantastiques, mais je reste bouche bée ; le carnaval macabre s’achèvera tôt ou tard dans un de ces étranges cabarets ; désormais cela n’a plus d’importance, du reste : je suis hanté par un flot discontinu de propos insensés ; ces ignobles figures de style se propagent à une vitesse hallucinante dans les méandres poussiéreux de mon esprit ; les vieux docteurs rient sous cape; je ne vois plus clair dans leur jeu ; j’ignore tout de leurs desseins sinueux, et pourtant ils paraissent si charmants avec leur queue-de-pie et leur tricorne ridicule; bientôt je m’endormirai au son des vibrations lumineuses ; je rêve déjà, comme un insecte englué pris au piège de la vaste conspiration ; Mais soudain l’assemblée vénérable des courtisans corrompus se vide ; ces messieurs hilares, vêtus de noire lumière, se dispersent maladroitement, se répandent en grimaces et tentent de s’envoler en agitant pesamment leurs ailes de pierre.

Ils ne me trouveront pas ! j’ai pris soin de me disséminer, moi aussi, de m’esquiver sans attendre la fin du spectacle ; au détour d’indicibles tourments, je me retrouve enfin, éparpillé dans mille univers contigus, c’est une chance ! Il ne me reste plus qu’à élancer mes longues fusées fougueuses afin que l’explosion libère les cauchemars qui se sont empilés au fil des siècles dans ma tête et menacent à présent de s’écrouler dans un vacarme éblouissant; au-delà de la chambre j’entends les pas chaotiques des trépassés qui battent le pavé; ils s’approchent ; leurs regards convulsés d’horribles jouissances transpercent les murailles silencieuses; Diable ! ils entonnent une bien subtile mélopée, ces cadavres magistraux et sans âme ! mon chœur ivre résonne encore faiblement mais mon orchestre organise la riposte ; double-croches et anicroches, alignées en rangs serrés, magistrales, résistent bravement aux invasions du réel; la révolution mystique restera sourde aux appels de la vertu et, quoi qu’il m’en coûtera, je demeurerai Maître des imaginaires ravagés.

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article